Une enquête bien ficelée

-          « Bonjour, dit l’inspecteur Chovin au médecin Lupert en arrivant au dix rue des Iris, donnez-moi l’identité de la victime et expliquez-moi comment elle est morte.

-          Claude Belmares. Il est mort par étranglement, répondit le médecin.

-          Et qui l’a découvert ? demanda Chovin.

-          Sa compagne, Justine Martière. »

 

Puis, l’inspecteur alla voir la femme en question pour lui demander son avis à propos de ce meurtre.

« Je ne sais pas, peut-être…

-          Peut-être quoi ? dit-il.

-          Raymond Dufort, c’est un ami de mon mari, il ne l’aimait pas beaucoup, répondit-elle.

-          Et pourquoi ?

-          Claude devait de l’argent à Raymond. Malheureusement, Claude était de plus en plus égaré et cela m’inquiétait. Puis, le soir en rentrant, tout ce qu’il faisait, c’était de boire. Il avait vraiment changé. »

Après avoir fini cette phrase, elle se mit à pleurer.

« Mademoiselle Martière, voulez-vous que l’on arrête un moment ?

-          Non, continuez je vous prie, dit-elle en essuyant ses larmes.

-          Avez-vous eu des disputes avec M. Belmares ?

-          Non, ça allait. De toute façon, depuis qu’il avait changé, on ne se disait pas grand chose ! dit-elle. Mais vous savez, si je retrouve ceux qui ont fait cela, je me demande si je ne les tuerai pas. »

Chovin regarda curieusement la jeune femme après qu’elle eut dit cette phrase et répondit :

« Non, ne le faites pas, car cela ne vous mènerait à rien, vous savez ? Bon, il faut que je parte, mais merci, mademoiselle, et au revoir ! » dit Chovin. Quant à elle, elle fit un signe de la main pour dire au revoir à l’inspecteur. Mais tout à coup, Chovin rattrapa la femme et lui dit :

« Excusez-moi, j’allais oublier : avez-vous l’adresse de Monsieur Dufort ?

- Oui, attendez… » dit-elle.

            Grâce à cette adresse, l’inspecteur put s’y rendre directement. Mais, en questionnant M. Dufort sur le meurtre, l’inspecteur n’eut pas les réponses qu’il attendait.

« Non, pas du tout, Claude a toujours été un très bon ami pour moi et ce n’est pas à cause de petites dettes que je le tuerais, au contraire. Je suis vraiment triste et même si cela ne se voit pas car je n’ai pas l’habitude de montrer mes sentiments, dit M. Dufort.

-          Désolé, j’ai cependant une question à vous poser : avez-vous eu des disputes avec M. Belmares ?

-          Nous en avons eu une petite, la semaine dernière à propos de son changement : il buvait et se disputait beaucoup avec Justine. Je voulais le raisonner mais il ne m’écoutait pas. Cependant, je n’ai aucune idée à propos de l’assassinat de Claude.

-          Savez-vous que c’est Mademoiselle Martière qui vous a nommé suspect numéro un ?

-          Justine ? Ça ne m’étonne pas, elle ne m’a jamais aimé et d’ailleurs elle a toujours été très hypocrite, radine et menteuse, dit Monsieur Dufort.

-          Bon, merci de cet accueil et à bientôt ! dit l’inspecteur.

-          De rien ! Mais vous savez, lorsqu’on trouvera les criminels, je me demande si je ne les tuerai pas ! Car avoir étranglé Claude par derrière, c’est vraiment un crime lâche à mon avis ! Bon, au revoir, inspecteur, dit Monsieur Dufort.

Après ce long interrogatoire, Chovin se mit à rire et à se parler tout seul dans la rue.  Cependant il avait trouvé les trois quarts de l’énigme. Le dernier quart était de connaître le mobile du crime.

Le lendemain, le médecin Lupert appela l’inspecteur au téléphone :

« Allô ? Inspecteur, c’est à propos du meurtre : j’ai deux nouvelles à vous annoncer : la première c’est…

-          Qu’il y a deux assassins et la deuxième c’est qu’on a tué Belmares par derrière ! interrompit l’inspecteur.

-          Mais comment le savez-vous ? demanda le médecin.

-          Pures intuitions qui viennent d’être justifiées, » dit Chovin.

Dans l’après-midi, il alla chez Mademoiselle Martière.

« Pourquoi ne m’avez-vous pas dit la vérité ? dit Chovin.

-          Je ne sais pas de quoi vous voulez parler, inspecteur !

-          Ne vous moquez pas de moi, Mademoiselle et puis Monsieur Dufort m’a tout dit !

-          Que voulez-vous dire par là ? Je ne comprends pas !

-          Ne faites pas l’innocente à ce sujet !

-          Mais enfin, qu’y a-t-il donc ? Qu’a pu bien vous raconter Raymond ?

-          C’était plus facile à faire à deux, non ?

-           Faire quoi ? Où voulez-vous en venir ! Êtes-vous en train de m’accuser ?

-          Quinze ans de prison ! Savez-vous ce que ça représente ?

-          Mais…mais, je ne sais plus !

-          Est-ce qu’il méritait cela ? Se faire étrangler par derrière !

-          Oui, il le méritait ! Claude faisait n’importe quoi, ma vie devenait un enfer et Raymond n’en pouvait plus ! nous n’avions plus d’autre solution ! s’exclama Mademoiselle Martière dans tous ses états.

-          En êtes-vous sûre ?

-          Oui, ça nous a libérés tous les deux d’un poids ! dit-elle en ricanant. Raymond vous a vraiment tout avoué ? Ce n’est pas son genre !

-          A vrai dire, c’est moi qui ai tout deviné depuis hier quand vous m’avez dit : " vous savez si je retrouve ceux – Chovin insistait sur le " ceux "  - qui ont fait cela… "  là, j’ai tout compris ! »répondit l’inspecteur fier de lui.

Il lui mit les menottes et ils allèrent chez M. Dufort.

            Quand ils arrivèrent, ce fut moins long car Monsieur Dufort s’y attendait :

« Tiens, bonjour Justine, dit-il avec un ton plutôt sévère. Monsieur l’inspecteur, vous venez m’arrêter ?

-          Oui, mais pourquoi quand je vous ai interrogés vous êtes-vous accusés tous les deux ? demanda curieusement Chovin.

-          Parce qu’on ne s’aime pas ! dirent-ils en chœur.

-          Ah, je vois, dit l’inspecteur en mettant les menottes à Monsieur Dufort.

-          Inspecteur, juste une chose, dit Dufort avant de monter dans la voiture : comment saviez-vous que c’était moi ?

-          Quand vous m’avez dit : " avoir étranglé Claude par derrière est vraiment un crime lâche pour moi" , répondit l’inspecteur en insistant sur "  derrière ".

Dufort fit un petit sourire en montant dans la voiture. Quand ils furent arrivés, Chovin dit d’un ton moqueur aux deux coupables :

« Eh, vous savez que vous êtes d’excellents comédiens mais malheureusement un peu trop étourdis ! »

Chovin se dit qu’il avait bien mené son enquête. Il rentra chez lui en pensant qu’il méritait bien un peu de repos !

Doriane