L'Homme en rouge

Ce soir-là, l'inspecteur Corneille sortit du bureau de la P.J à 22h30. Comme d'habitude, il prit le métro. Mais il y remarqua un homme habillé en rouge et crut voir un couteau sortir de sa poche. «  Pauvre inspecteur, se dit-il, tu as eu une longue journée de travail, tu dois être très fatigué et tu te fais des illusions : tout le monde a le droit de s'habiller comme il veut. »

Mais l'inspecteur avait un petit doute (presque comme tous les inspecteurs quand ils soupçonnent quelque chose de bizarre). Le métro s'arrêta et cela le sortit brusquement de ses rêveries. Corneille descendit et se mit à suivre par curiosité l'homme habillé en rouge. L'enquêteur trop fatigué rebroussa chemin et décida finalement d'interrompre sa filature pour rentrer chez lui, au numéro 4 du Boulevard Saint Michel.

             Le lendemain, de bon matin, le vieux policier reçut un coup de téléphone :

«  Allô ! dit-il, d’une voix encore à moitié endormie.

- Monsieur Corneille ? C'est Monsieur Pideil à l'appareil !

- Oui, bonjour chef !

- Il y a eu un meurtre ! Vers trois-quatre heures du matin dans le métro 413. Je ne peux pas vous en dire plus. Rendez-vous là-bas dans un quart d'heure.

- D'accord ! A tout de suite.

Corneille arriva sur le lieu du meurtre et vit un médecin, l'ambulance, le juge, la police... Il s'approcha du premier et lui demanda :

« Que s'est-il passé ?

- Un meurtre : cette femme a été étranglée. De plus, sur le cou de la victime, il y a une croix faite avec un couteau.

- Quelle est l'identité de cette femme ?

- Elle s'appelle Mélodie, a dix-huit ans et travaille dans une bijouterie. »

            Il partit vers la bijouterie puis sur place interrogea le patron de la victime, qui lui dit qu'elle n'était pas venue travailler depuis trois jours. Il avait appelé chez elle, elle n'était pas là. Il pensa que Mélodie était malade. Il dit à l'inspecteur : « Elle m'a laissée un message disant qu'elle reviendrait demain. »

                  L'inspecteur partit à dix-neuf heures de la bijouterie. Il retourna chez lui, et s'endormit en faisant mille rêves et cauchemars.

            Le lendemain, Corneille se leva à onze heures. Il était très en retard. Le vieux policier se dépêcha de s'habiller et ne déjeuna même pas. Il sortit de sa maison et se dirigea vers le métro,  pour commencer  son enquête. Il interrogea plusieurs personnes dans le métro. La première était une dame, d'une quarantaine d'années, plutôt grande. Il lui posa deux questions :

 « Prenez-vous souvent le métro ?

- Oui : je le prends tous les soirs.

- Avez-vous vu un homme étrange hier soir ? »

Elle affirma qu'elle avait vu un homme rouge avec un couteau sortant d'une poche.

Il interrogea ensuite un groupe de quatre filles très jolies. Il leur posa la même question. Les filles répondirent qu'elles avaient fait les boutiques et quand elles avaient pris le métro, elles avaient vues un homme en rouge avec un couteau.

Toutes les autres personnes interrogées dirent la même chose.

            A treize heures, il alla déjeuner au café du commerce. Et là, à ce moment précis, il ouvrit grand les yeux et qu'est-ce qu'il vit ? L'homme en rouge avec un couteau dans la poche. Il courut dans ce restaurant luxueux vers la table visée en pensant que l'affaire allait être résolue. Il sortit sa carte de police et la montra au jeune homme.

Ce garçon ne comprenait pas ce qui se passait. Et voici ce que Corneille lui dit :

« Je vous arrête pour meurtre !

- Mais, je ne comprends pas, dit-il à l'inspecteur.

- Il n'y a rien à comprendre, vous allez venir avec moi au commissariat !

- Mais, je n'ai rien fait, protesta le jeune homme en se levant et en reculant de plusieurs pas.

- Eh bien ! venez donc m'expliquer tout cela à la P.J. »

            Arrivés là-bas, ils allèrent dans le bureau de Corneille. L'inspecteur resta debout tandis que le jeune homme s'assit :

« Alors ça vous fait quoi de tuer ?

- Je n'ai rien fait de mal !

- Répondez alors à mes questions. Où étiez-vous hier soir ?

- Chez une amie.

- C'est ça et moi chez la reine d'Angleterre !

- Mais..., dit le jeune homme en écarquillant les yeux.

- Pourquoi étiez-vous habillé en rouge ?

- C'était l'anniversaire de Christine, elle nous avait dit : " Venez costumés ".

- Hum, et pourquoi ce couteau ?

- Pour couper le gâteau, elle n'en avait pas un assez tranchant, c'était un événement !

- Jusqu'à quelle heure êtes-vous resté chez elle ?

- Cinq heures, environ...

- Y avait-il tous les amis de Christine ?

- Non !

- Alors qui n'était pas là ?

- Je ne sais pas trop... Peut-être Sylvie : elle est arrivée vers quatre heures et demie. C'est une collègue à Mélodie. Mais elles sont ennemies depuis toujours. Il y a trois jours, elles se sont disputées sans nous donner le motif de leur querelle.

- Où se trouve cette Sylvie en ce moment ?

- Sans doute à la bijouterie. »

Monsieur Corneille libéra le jeune homme en pensant qu'il était innocent. L’inspecteur retourna à la bijouterie pour y rencontrer à nouveau le patron et demander l'adresse de Sylvie. Ce dernier la lui donna.

            Arrivé à son domicile, il trouva la porte d'entrée entrouverte, rentra et aperçut Sylvie pendue à la lampe du plafond. Il détacha la jeune fille et prit son pouls : elle n'en n'avait pas. Il pensa tout de suite à un suicide et trouva au sol une lettre qui expliquait la raison de son geste :

« Prise de remords d'avoir accompli une action honteuse, je préfère mourir dans ces conditions plutôt que de subir souffrances et humiliations. Mélodie était vraiment une ennemie pour moi, et malheureusement on travaillait ensemble. L'avoir tuée me fait beaucoup de chagrin, on n'a toujours de la peine pour quelqu'un, même si on l'aime pas. Tout s’est passé avant la soirée chez Christine. Mélodie et moi fermions la boutique. Il y avait une bague dont je rêvais depuis toute petite, seulement elle coûtait mille euros. Et puis ce soir-là, je me suis dit que le grand jour était arrivé et qu'il fallait que je la vole. Je l'ai dit à Mélodie, elle m'a répondu : " Non ". Je lui ai dit que je payerais, mais plus tard. Elle ne voulait pas m'entendre, elle me disait que c'était honteux. Je commençai malgré ses protestations à désactiver les alarmes en me fichant de ce qu'elle me disait. A ce moment précis, elle sortit un opinel qu'elle avait toujours dans sa poche et me menaça. Je lui dis d'arrêter mais elle continua. Je réactivai alors les alarmes et je sortis en vitesse, en prenant Mélodie par le bras. Je pris l'avenue Saint Martin et elle, l'avenue Breteuil. Elle continua son chemin mais moi, je rebroussai le mien et la suivis jusqu'au métro. Je pris mon foulard et m'avançai doucement. Dix heures déjà, il n'y avait qu'une personne par compartiment sauf un de libre. Je continuai de suivre Mélodie. Elle monta dans le compartiment libre. Je rentrai à mon tour et surprise de me revoir, elle me demanda :

- Que fais-tu là ?

- Je viens ici pour toi.

- Pour moi ?

- Oui, je viens m'excuser, tu permets que je te fasse la bise.

Et je m'approchai, empoignai le foulard et l'entourai autour de son cou et je serrai, serrai jusqu'à qu'elle étouffe. Elle tomba raide morte. Avec son opinel, je gravai une croix, pour me venger. Le métro s'arrêta. Je sortis en courant le plus vite possible, je repartis vers la boutique et volai la bague qui me faisait tant envie. C'est seulement après que je suis partie chez Christine. Le lendemain, je suis retournée à la bijouterie et voilà où j'en suis maintenant, c'est la fin pour moi. Je regrette encore mille fois ce que j'ai fait à Mélodie. »

La lettre était signée.

Monsieur Corneille poussa un long soupir et quittant la maison, après avoir appelé les secours, prit le métro et rentra chez lui pour penser encore à ce meurtre inouï.

Marion