Le mystère de l'Epine Plaine

Un cri strident réveilla Monsieur Carl Nivor vers minuit. Son origine semblait provenir de l'autre bout du manoir de "L'Epine". Il accourut et lorsqu'il arriva au salon, c'était déjà trop tard. Jean-Pierre Char, son valet, à son service depuis longtemps, gisait dans une mare de sang. Il avait, semblait-il, été poignardé à plusieurs reprises. Monsieur Nivor examina la pièce : le canapé était renversé, les livres de la bibliothèque étaient répandus sur le sol et il régnait un grand désordre. Carl décida alors d'appeler la police. Avant cela, il s'était assuré que le criminel avait bien quitté le manoir. La police allait venir d'un moment à l'autre.

             Lorsqu’elle arriva, il conduisit l'inspecteur principal sur les lieux du crime. Après avoir examiné le cadavre et la pièce environ pendant trente minutes, l'inspecteur s'approcha et lui dit :

«  L'objet du crime est sans doute un vol ?

- Oui, mais pourquoi le voleur a-t-il tué mon valet ?

- Votre valet a sûrement entendu du bruit. Il s'est levé, s'est précipité au salon et donc a surpris le voleur. Celui-ci, pris de panique a saisi le poignard accroché sur le mur et a frappé votre valet avant de prendre la fuite.

- Ceci me paraît fort logique.

- Bien, M. Nivor ! Je dois prendre congé. Mais je vous demanderai de passer avant la fin de matinée afin que les agents de la brigade criminelle prennent votre déposition. De plus, préparez un inventaire de tous les objets pouvant avoir disparu. Excusez-moi. Encore un petit renseignement, s'il vous plaît : votre valet avait-il un parent proche ?

- Effectivement. Son frère Claude Char qui habite une villa à côté du manoir venait très souvent lui rendre visite.

- Donc, après que vous serez passé à la brigade, je convoquerai ce Claude Char. »

Quand il arriva au commissariat, Carl fut reçu dans le bureau de l'inspecteur principal. Il commença son récit, répondit aux questions et surtout insista bien sur le fait qu'aucun objet n'avait disparu. Le policier lui demanda ensuite où pouvait éventuellement se trouver Claude Char car celui-ci n'avait pas encore répondu à sa convocation. Carl n'en savait rien.

A ce moment-là, une jeune femme élancée et aux traits fins entra. C'était sans doute la secrétaire :

« Excusez-moi de vous interrompre, Monsieur l'Inspecteur, mais un certain Alex Bretelle du journal "La dépêche de la plaine" désire vous rencontrer.

- Qu'il patiente un peu. J'en ai presque fini avec ce monsieur. »

Quelques instants après le départ de Carl Nivor, le soi-disant Alex Bretelle pénétra dans le bureau.

« Bonjour ! Alex Bretelle du journal "La dépêche de la plaine".

- Que puis-je pour vous ?

- J'ai certains renseignements concernant l'affaire du manoir qui pourraient vous intéresser.

- Mais comment êtes-vous au courant ? Puis-je voir votre carte de journaliste s'il vous plaît ?

- Euh ! A vrai dire je n'en ai pas.

- Mais, alors quelle est votre véritable identité et pour qui travaillez-vous ? demanda l'inspecteur dans une colère noire.

- Je m'appelle Phara On. Je suis élève de rhétorique au collège Jason et je travaille en collaboration avec le journaliste sur les affaires criminelles car j'aimerais en faire mon métier.

- O. K. ! Ecoutez-moi : j'accepte votre coopération. Mais je vous laisse vingt-quatre heures pour retrouver le frère de Jean-Pierre sur lequel nous n’avons pas pu encore mettre la main. Passé ce délai, je ne veux plus entendre parler de vous . »

Sur ces mots et sans perdre de temps, le dénommé Phara On partit dans la vallée. Il y rencontra plusieurs personnes qui lui affirmèrent qu'il se passait des choses étranges au château de l'Epine. En effet, sur place, Phara On observa les incessants aller-retours d'une automobile. Ceci paraissait bizarre ! Il profita donc de ce que le véhicule était parti pour rentrer dans la cour du château. Après avoir découvert un passage oublié mais surveillé, le collégien attendit que le garde lui tournât le dos pour l'assommer. A l'intérieur, il fouilla toutes les pièces mais se rendit compte que la dernière chambre était fermée. Aussi, il enfonça la porte et découvrit Claude Char ligoté mais vivant. Phara On lui tapota le visage pour le ranimer. Très étonné de voir le jeune garçon, Claude s'apprêta à parler. Phara On lui fit signe de se taire et lui fit comprendre qu'une fois libéré, il devrait le suivre en silence.

Le lendemain matin, l'adolescent conduisit le frère du valet au commissariat. L'inspecteur fut bien évidemment surpris de la réussite de l'apprenti journaliste mais soulagé du retour de Claude Char.

            Après avoir célébré sa victoire en compagnie de ses amis du journal, Phara On regagna enfin son domicile. Confortablement installé dans son fauteuil, il entreprit la lecture de la Dépêche. Soudain, dans la rubrique " Faits divers ", il fut attiré par un bien mystérieux et étrange message qui en fait lui était personnellement adressé. L'auteur lui lançait le défi de résoudre l'énigme de "L'Epine-Plaine ".

Il se mit aussitôt en route et commença ses recherches dans le village de La Plaine. L’énigme devait très certainement avoir un rapport avec l'enlèvement de Claude Char. Après plusieurs jours sans résultats, le jeune garçon comprit que ce n'était pas la peine de suivre la piste de "La Plaine" mais préféra s'orienter vers le Château de Brest. Car des trois plus importantes villes de la région, Quimper, Saint Brieuc, et Brest, Phara On ne connaissait qu'un seul endroit où l'on puisse trouver des trésors datant de l'époque de Louis XVI.

            Sur place , il suivit un individu à l'apparence louche qu'il avait repéré. Cet homme l'entraîna vers une entrée secrète. « C'est le moment idéal pour avertir l'inspecteur principal », pensa Phara On. Il téléphona donc à l'inspecteur. Ce dernier lui recommanda de surtout ne rien entreprendre avant son arrivée à Brest.

            Le lendemain, Phara On lui fit le compte rendu de ses recherches, à savoir l'erreur qu’il avait faite d’aller au village de La Plaine, puis la déduction qu’il en avait tirée : le gangster ne pouvait que se trouver au château de Brest. Il avait d’ailleurs filé l'individu suspect. Phara On demanda  enfin au policier comment il comptait arrêter le tueur.

             « J'ai fait placer vingt bateaux et un canonnier dans la rade afin de bloquer la sortie. Par contre, si le tueur a l'intention de fuir par les terres, on m'enverra un escadron qui encerclera la propriété. Quant à nous, avec l'aide de mes hommes, nous allons tenter de pénétrer dans la forteresse aux alentours de midi. »

Une fois sur place, ils empruntèrent un des escaliers, gravirent un certain nombre de marches et se retrouvèrent devant une porte fermée à clef.

            L'officier ordonna de l'enfoncer et découvrit un second escalier. Après avoir franchi les quinze premières marches, Phara On, fatigué, qui montait les escaliers en dernier, s'adossa contre un mur qui à son grand étonnement s'ouvrit. Le jeune homme disparut.

            Pendant ce temps, ne s'étant aperçu de rien, les policiers n'en finissaient pas de gravir d'interminables marches.

            L'adolescent, content d'avoir peut être découvert une piste, se retrouva face à une bien étrange créature.

            « Voilà très certainement le célèbre Phara On, celui qui a réussi à libérer mon otage et qui, je suppose, a parfaitement compris que j'étais l'auteur de l'article de la Dépêche, dit l'étrange personnage avec un sourire à vous glacer le sang.

            - Euh ! ... Eh bien ! C'est moi, ajouta le garçon dont tous les membres se mirent à trembler.

            - Quant à moi, je suis Sonny Forelly. Je sais que tu connais la vérité, mais mon petit gars, tu ne vas pas t'en sortir aussi facilement. Alors suis-moi immédiatement », ordonna l’homme.

            C'est ainsi qu'il força le jeune homme à se diriger vers l'étage supérieur. Pendant ce temps il lui demanda :

            « Tu as sans doute entendu parler de Louis XVI ?

            - Oui. Bien sûr. Mais pourquoi cette question ?

            - Patiente petit ! Car lorsque nous serons dans la salle des trésors, tu sauras enfin pourquoi j'ai été obligé de tuer le valet de Carl Nivor. »

            Une fois dans l'immense pièce, Forelly lui expliqua qu'il avait découvert qu'ici même se trouvait une surprenante et inestimable collection de vases précieux ayant appartenu au souverain. Il savait également que Carl Nivor possédait l'ultime pièce. C'est pourquoi il avait décidé de la lui dérober. Mais son plan n'avait pas marché. Il avait donc été obligé de se débarrasser de Jean-Pierre, de prendre en otage le frère du valet, car il comptait demander en échange comme rançon la pièce manquante de la fameuse collection. Forelly allait maintenant en finir avec Phara On.

            Quand notre journaliste comprit que c'était à son tour à présent, il espéra profondément que la police allait très vite le retrouver.

            Au moment où Forelly s'apprêtait à poignarder le jeune homme, ils entendirent:

            « Haut les mains ! Pas un geste ! »

            Immédiatement, Sonny attrapa une chaise et la jeta sur l'inspecteur. Profitant de la confusion, le gangster fila. Une fois debout, l'inspecteur se lança à sa poursuite avec ses hommes Hélas! Ce fut peine perdue. En effet, Forrely avait réussi à descendre la falaise et à regagner un sous-marin.

            De retour à Paris, Phara On apprit que l'inspecteur avait été rétrogradé gardien de la paix pour avoir laissé encore une fois filer le célèbre cambrioleur.

            La rumeur disait que Sonny Forelly avait réussi à traverser l'Atlantique et qu'il serait très probablement l'auteur du cambriolage du château de York où une importante collection d'objets de valeur avait disparu.

Aurélien