Le bonnet noir

            Le 9 Mai 1942 à onze heures quarante-cinq, j’entrai  dans une banque. Un homme vêtu de noir qui portait un bonnet de la même couleur sur la tête entra à son tour : il tenait un pistolet à la main gauche et il cria :

« Que personne ne bouge ! »

Quelques secondes plus tard, deux autres hommes entrèrent. Ils portaient d’amples sacs noirs. L’homme s’approcha d’une banquière, lui mit son pistolet sur le front, et lui demanda :

« Où est la caisse ? »

La femme blanchit de peur, hésita et répondit en tremblant :

« Dans la salle de gauche, près du distributeur de cannettes ! »

L’homme qui parlait ainsi semblait être le chef, car il s’adressa à ses compagnons :

« Dépêchez vous ! Allez chercher le fric ! »

Mais pendant ce temps, à l’aide de son pied, la banquière appuya discrètement sur un petit bouton noir, qui se trouvait sous son bureau. Soudain, l’alarme se déclencha, alors le chef de la bande cria :

« Bradley, Bartley, on file ! »

Par chance, la police ne tarda pas à arriver. L’un des policiers s’écria :

« Les mains en l’air ! »

Les trois hommes comprirent qu’ils étaient pris au piège, mais ils n’obéirent pas au policier et se mirent à chercher un passage pour fuir. Le policier tira une balle dans un des sacs noirs qui s’ouvrit et les billets tombèrent. L’homme qui s’appelait Bradley se retourna et dit à voix basse, en s’adressant à Bartley et à son chef :

« A droite, à trois ! »

Les compagnons de Bradley regardèrent sur leur droite et virent une flèche sur laquelle était indiquée : « Sortie de secours ». A l’aide de sa main Bradley fit un signe : il sortit un doigt, puis deux, puis trois, et aussitôt les voleurs s’enfuirent dans cette direction. Je compris immédiatement où ils allaient. En tant que journaliste spécialisée dans le judiciaire, je décidai de les suivre.

            Les policiers se mirent aussi à leur poursuite. Les trois voyous arrivèrent à la sortie de secours. Ils ouvrirent de grandes portes vitrées et sortirent. Je continuai à les suivre, transpirai beaucoup : mes mains étaient toutes rouges et très moites, mes pieds étaient collés à mes chaussettes. Je respirai à grands coups sans m’arrêter de courir. Derrière moi, les policiers n’étaient plus là, ils avaient sûrement abandonné la course et étaient en train d’interroger les personnes de la banque.

Les trois hommes continuaient toujours de courir. Puis ils tournèrent deux fois à gauche et une fois à droite. Là, ils s’arrêtèrent et observèrent la ville. J’en profitai pour prendre de l’avance sur eux. Je me cachai derrière un arbre pour les photographier. Mais ma pellicule était finie. Je me mis à la changer, mais quand je relevai les yeux, je m’aperçus qu’ils avaient disparus, alors, je les cherchai partout : les rues, les parkings… Aucune trace d’eux sauf le bonnet noir qu’avait laissé derrière lui un des voyous.

Je le ramassai et en le dépliant, un morceau de papier tomba. Ce dernier indiquait :

« Bijouterie CARTIER- 26/05/1942- 6 heures » 

Je compris qu’il s’agissait de leur prochain hold-up.

Je prévins aussitôt la police pour qu’elle soit présente à la date indiquée. Nous étions sur place le 26 Mai 1942 à 6 heures. Lorsque les cambrioleurs se présentèrent, ils furent arrêtés en flagrant délit et je pus les photographier à ma guise. J’étais heureuse de tenir un scoop.

Suite à cette aventure, je fus récompensée d’une médaille et devint célèbre malgré moi.

Olinka