La route infernale

Lonan n'en pouvait plus, il était à bout de nerfs. Il était devenu rouge grenat et était prêt à faire n'importe quoi pour sortir de là. Il répétait toutes les cinq minutes :

« Quelle idée pitoyable d'avoir accepté cette invitation ! »

Sandie, elle, était désespérée rien qu’en pensant qu’elle allait rentrer chez elle. Mais d'un autre coté elle ne pouvait plus supporter les lamentations de Lonan. Alors, comme tout le monde en avait assez de cette soirée, la décision fut prise de finir la soirée dans un bar branché. Quand les amis sortirent de la maison, Marine déclara :

« Qu’est-ce qu'il fait froid ce soir ! »

Tout le monde fit un signe de la tête, chacun était emmitouflé dans son blouson.

Arrivés à la voiture, Marc et Germaine se disputèrent pour décider qui conduirait.

«  Tu as conduit à l'aller, déclara Germaine.

- Ce n'est pas une raison, c'est moi qui paye l'essence, répliqua Marc.

- Vous êtes vraiment de gros bébés, dit Marine en colère.

- On se caille nous, répliqua Germaine.

- Puisque c’est comme ça, c’est moi qui conduirai. En plus je connais un bar à vingt minutes d'ici, suggéra Sandie.

- Ok ! C'est parti, dit Philippe.

Au bout d'une heure de voiture, Marine demanda :

« On en a encore pour longtemps ? Tu as dit vingt minutes et ça fait une heure qu'on roule.

- Je suis désolée mais je crois que j'ai perdu la route !

- Regardez! Là-bas, une femme ! s’exclama Philippe à moitié endormi.

- Mais que peut-elle faire à une heure aussi tardive, demanda Marc. »

Au bout de la grande rue, on voyait une ombre : c'était une femme toute ridée et très petite de taille. Elle portait un sac qui paraissait lourd et faisait du stop. Comme il restait une place dans la voiture, ils décidèrent de la prendre.

Quand ils s'arrêtèrent devant elle, Marine sentit comme un liquide froid qui coulait dans son dos.  La femme avait un visage froid et très sombre. Marc ouvrit la porte et dit :

« Vous montez ? On vous emmène où ?

- Merci bien. Pouvez-vous m'arrêter à la prochaine voiture rouge que vous verrez ?

- D'accord. Je vous aide à porter votre sac ?

- Non ! Heu ! ... Je ne préfère pas.

- Bon, alors on y va. »

Après quelques minutes de silence, Lonan entama la conversation et dit :

« Pourquoi voulez-vous vous arrêter à la prochaine voiture rouge ?

- Heu! ... c'est à dire que je travaille pour la police.

- Ah ! Et que faites-vous là-bas ? demanda Marine intriguée.

- J'enquête mais c'est secret. Voilà, je n'en dirai pas plus. »

Après avoir roulé un bon nombre de minutes, ils aperçurent une voiture rouge.

« Arrêtez-moi ici !déclara la femme.

- Au fait comment vous appelez vous ? »

Trop tard : elle était déjà descendue de voiture et avançait lentement vers la voiture rouge que l'on distinguait à peine au loin.

« Bizarre cette femme, déclara Lonan un peu moins énervé.

- Bon il faudrait peut être que l'on rentre chez nous maintenant.

- Attendez : cette femme m'intrigue. Pas vous ? demanda subitement Marine.

- Si !

- Dans ce cas là, nous allons nous aussi faire notre enquête. "

Le lendemain matin ils se donnèrent rendez-vous dans la maison de Marine. A 8h30 exactes tout le monde était là, sauf Marc.

« Mais que fait-il ? Ça fait bientôt une demi-heure qu'on l'attend, déclara Lonan. »

Tout à coup Marc ouvrit la porte. Il était ensanglanté. Il fit un pas et s'écroula par terre. Tout le monde se précipita sur lui et dit :

« Marc, Marc que t'est-il arrivé ?

-La..la d..am..e de...de l..a rou...rou..te.

-Quoi ? demandèrent-ils tous en chœur ? »

Marc laissa échapper un dernier souffle avant de mourir.

Sandie éclata en sanglot : c'étaient des larmes d'angoisse, de stress, de fatigue et de peur, et bien sûr de tristesse. Tout le monde était à bout de nerfs. Personne ne comprenait vraiment ce qui se passait.

« Appelons la police, suggéra Marine.

- D'accord ! Je le fais, répliqua Lonan. »

Il composa le numéro.

« Allô, police ? Venez vite au 124 rue Myrtille.

- Que se passe-t-il ? répondit le commissaire.

- Un meurtre. Il y a eu un meurtre !

- On arrive tout de suite. »

Cinq minutes plus tard, le commissaire et le médecin légiste arrivèrent. C’étaient deux hommes, l'un était tout petit et rond tandis que l'autre était grand et maigre. Tous deux portaient un chapeau et un veston. Le plus petit prit la parole :

« Je me présente : Monsieur Rusard. Alors, racontez-moi comment et quand cela est arrivé ?

- Tout ce que l'on sait, c'est que Marc est arrivé à 8h36, dit Marine.

- D'accord. Donc Marc est arrivé à 8h36.

- Ah ! Et aussi avant de mourir Marc a dit :

- La dame de la route, continua Marine. 

- La dame de la route ! Encore elle ! s’exclama le commissaire. »

Tout le monde était bien étonné de ce qu’il venait de dire.

Le lendemain, les compagnons allèrent tous au commissariat. A 9h30, le commissaire arriva et dit :

«  D’après mon constat, j'en déduis que Marc Rodejeit a reçu trois coups de couteaux dans le ventre, et un dans la poitrine. Mais le plus étonnant c'est que ces coups de couteaux décrivaient un losange parfait et à chaque meurtre de cette " dame de la route " c'est la même chose. Maintenant je voudrais savoir quand est-ce que vous avez vu cette femme pour la dernière fois ?

- Nous avons vu cette femme pour la dernière fois avant-hier soir, répondit Lonan. »

Le commissaire demanda :

« A quelle heure exactement ?

- Il devait être minuit passé, répondit Lonan.

- Comment l'avez-vous rencontrée ?

- Alors qu'on sortait d'une fête, nous avons aperçu une femme au bord de la route qui nous a demandé de la déposer près de la prochaine voiture rouge que nous apercevrions, répondit Marine.

- Rouge, bien sûr, la couleur du sang : sa préférée sûrement, interrompit le commissaire. »

Vers onze heures moins le quart, une fois l’interrogatoire terminé, les amis repartirent tous chez eux.

Un matin, alors que Germaine rendait visite à Philippe, elle le trouva allongé mort avec quatre couteaux plantés dans  la poitrine et dans le ventre en forme de losange. Germaine appela au secours et se rendit en courant au commissariat : elle prévient le commissaire qui lui répondit :

« Oh ! Ma pauvre, maintenant que cette femme sait que vous lui en voulez, elle vous tuera l'un après l'autre. »

Germaine, effrayée par cette réponse sortit du commissariat pour aller prévenir ses camarades. En apprenant la nouvelle, tout le monde fut sous le choc et Lonan dit :

« Cette femme ne va pas continuer à nous tuer tous l'un après l'autre : à nous de mener l'enquête. »

Le lendemain, ils décidèrent tous de se rendre à l'endroit où ils avaient rencontré la femme pour la première fois, sauf Marine qui avait eu soi-disant un empêchement. Quand ils descendirent de la voiture, ils aperçurent Marine morte avec quatre couteaux plantés dans le ventre. Lonan regardait au loin et distingua la femme. Il se mit à lui courir après, suivi par les autres. Il courait de toutes ses forces jusqu'à ce que la femme rentre dans une petite maison. Lonan continuait et rentra lui aussi à son tour dans la maison.

Il fut on ne peut plus étonné en apercevant le commissaire à l’intérieur.

« Mais que faites-vous là ?

- Je suis chez moi, répondit le commissaire. Et vous, que faites-vous là ? Sortez de chez moi !

- Je sais bien que la femme de la route se cache chez vous !

- Vous dites n'importe quoi ! Allez... "

Avant qu'il n'ait le temps de finir sa phrase, Lonan aperçut derrière un meuble quelque chose qui brillait : un losange ! Il courut, poussa le meuble et empoigna le losange et aperçut la femme qui se cachait derrière.

- Comme par hasard ! dit Lonan.

Il réussit à maîtriser la femme. Le commissaire trop honteux, n’avait pas osé se défendre.

Le lendemain le maire du village récompensa les trois jeunes qui restaient, tandis que la femme était accusée pour crime et le commissaire pour complicité de meurtre. Malheureusement, il ne restait que de cette histoire les survivants Lonan, Sandie et Germaine.    

Fanny