Le téléphantôme de Guillaume

 4 - Dima

Dima se manifestait toujours au pire moment. Guillaume avait testé les sonneries silencieuses, mais cela avait mis ses parents dans tous leurs états le jour où ils n'avaient pas réussi à le joindre. Et il était impossible d'attribuer une sonnerie spéciale car Dima pouvait aussi bien passer par le numéro de ses parents, par celui d'un copain, ou celui d'un anonyme. Après des heures ou plutôt des jours de réflexion, Guillaume était arrivé à la conclusion que Dima était le mort de l'accident auquel il avait assisté, et que l'homme avait réussi à s'introduire dans son téléphone alors qu'il passait son appel aux pompiers. C'était de la science-fiction mais pour lui c'était devenu de la science-réalité, et il avait passé des heures sur internet sans avoir trouvé d'explication valable. Mais Dima était bien présent, trop présent même, et s'immiscait de plus en plus dans sa vie privée. La première fois que Guillaume avait eu un message de lui, c'était un SMS d'un numéro qu'il ne connaissait pas. C'était un texte long pour un SMS et il dût le relire plusieurs fois. "Bonjour je m'appelle Jean-Michel et j'aimerais que tu me répondes par SMS. J'ai des choses importantes à te dire au sujet de l'accident. Ne préviens personne. Ni tes copains, ni tes parents. Et évidemment pas la police. Tu ne crains rien mais moi si. Et tu seras récompensé. Si tu es d'accord pour m'aider envoie ton prénom et ton âge en répondant à ce SMS. Bonne journée." Guillaume, après quelques minutes de réflexion, avait répondu "Julien 15 ans" . Il avait à peine envoyé son message qu'il avait eu la réponse "Julien a 11 ans et ne joue pas avec son téléphone en ce moment." Guillaume avait senti un frisson le traverser, il avait levé la tête pour s'assurer qu'il était bien seul dans sa chambre. Ayant un esprit assez logique, il s'était dit que son mystérieux correspondant savait qu'il répondrait n'importe quoi. Aussi, cinq minutes plus tard, il avait repris son téléphone et avait envoyé "Sophie 23 ans". C'était le prénom et l'âge de sa baby-sitter. Encore une fois, la réponse avait été presque instantanée "Sophie est en cours et ne joue pas avec son téléphone". Guillaume avait eu un peu peur, mais il avait quand même tapé "Antoine 11 ans", avait appuyé sur la touche d'envoi et avait regardé avec un peu d'appréhension l'écran qui n'avait pas tardé pas à afficher "Antoine est dehors et ne joue pas avec son téléphone". Il fallait qu'il sache... N'importe qui lui aurait dit de ne pas le faire mais il n'avait pas pû s'en empêcher... Il avait alors envoyé "Guillaume 12 ans" et avait fixé l'écran des yeux. Il avait lu le message en essayant d'arrêter le tremblement de sa main "Confirme que tu es d'accord pour m'aider en me donnant l'endroit où tu te trouves en ce moment". Guillaume avait posé son téléphone sur son bureau. Il avait un peu peur à ce moment là et était un peu nerveux. Surtout, il redoutait ce qu'il allait faire. Car il savait déjà ce qu'il répondrait mais espérait secrètement que quelque chose l'en empêcherait. Il avait pensé au fait que c'était peu-être une manigance de ses parents pour le tester mais avait écarté cette possibilité : ils lui laissaient assez de liberté et avaient confiance en son jugement. Un coup d'un de ses copains? Dans ce cas, il ne risquait pas grand-chose... Sa baby-sitter? Elle ne pensait déjà pas à lui quand elle était présente... Avant de répondre, il avait quand même composé le numéro d'où provenaient les SMS qu'on lui envoyait pour voir si on allait lui répondre, mais il n'avait pas été surpris de n'entendre que la sonnerie. Il n'avait pas non plus été transfèré sur un répondeur. Alors il avait tapé "chez moi". La rapidité des réponses le troublaient plus que les messages. Il avait lu "Sois plus précis". Cette fois là, il n'avait pas hésité et avait écrit "dans ma chambre". Sa curiosité reprenait le dessus et il se demandait ce qui viendrait, et il n'avait pas été déçu "Cher Guillaume, tu es un jeune garçon de 11 ans et pourtant tu m'envoies des SMS depuis ta chambre, ça me fait plaisir que tu l'aies fait. Je suis assez satisfait de tes réponses et je t'en remercie. Il va falloir un certain temps avant que tu acceptes mon existence mais je pense que tu y arriveras. Si tu veux bien m'aider, renseigne-toi sur l'homme de l'accident et envoie moi un message quand tu auras fait le tour de la question... En échange, je deviendrai ta fastWeb-encyclopédie. @+" Guillaume avait relu le message trois fois pour essayer de voir ce qu'il y avait entre les lignes. Il pensait savoir ce qu'il trouverait en enquêtant sur l'accident : que le mort s'appelait Jean-Michel. Et ce que cela signifiait : le mort lui envoyait des messages. Il n'était pas sur d'être prêt à accepter cette éventualité. Cela expliquerait pourtant pas mal de choses. Il savait qu'il ne retrouverait sa tranquillité d'esprit que quand il serait sur. C'était soit un fantôme soit une farce, et la première chose à faire était de rechercher le prénom du mort. Il avait posé son téléphone avec précaution, comme si c'était la chose la plus précieuse du monde, et s'était installé devant son ordinateur. Une réponse autre que Jean-Michel l'aurait presque déçu, et il n'avait pas été déçu. La page qui s'était affichée indiquait non seulement que le mort s'appelait Jean-Michel, mais aussi qu'il avait 43 ans, qu'il était professeur, divorcé, et père de deux garçons de 4 et 12 ans. Guillaume avait remarqué qu'il habitait à une dizaine de kilomètres de chez lui. Alors, il avait pensé sérieusement à la possibilité que les SMS qu'il recevait venaient vraiment du mort. Il savait qu'on lui rirait au nez s'il avouait cela, alors que des tonnes de livres parlaient de fantômes ou de vampires, et qu'on n'avait jamais prouvé que ces créatures n'existaient pas. Rien ne prouvait non plus leur existence mais ce n'est pas parce que ce n'est pas prouvé que ce n'est pas vrai. Il croyait de plus en plus en sa théorie mais cela ne lui avait pas fait peur. Au contraire, il avait alors quelque chose de vraiment intéressant à faire et il était presque excité. Mais il commençait à se faire un peu tard et il paraît que la nuit porte conseil, alors il avait décidé d'attendre le jour suivant pour poursuivrez ses recherches. Le mort serait toujours mort normalement. Il était allé dans la salle de bain pour se brosser les dents, mais les trois minutes que lui avaient pris cela n'avait pas suffi pour qu'il pense à autre chose. Il était revenu dans sa chambre, s'était déshabillé mécaniquement, avait mis son pyjama et s'était mis au lit. Il s'était demandé s'il arriverait à trouver le sommeil, mais cinq minutes plus tard, il dormait profondément. Et c'est Noémie qui était venue s'incruster dans ses rêves.

 5 - Noémie

Ce jour là, la jeune fille, rêvait de Guillaume. Mais elle avait pensé au jeune garçon toute la soirée. Il avait cet air innocent que les garçons qu'elle côtoyait n'avait plus. Il lui faisait pensait au premier vrai amoureux qu'elle avait eu. Mais elle hésitait, car il était deux ans plus jeune qu'elle, n'était pas dans son collège et n'habitait même pas le même quartier. Elle ne savait pas encore si elle était amoureuse de lui, ni même s'il y avait une minuscule chance que lui pense à elle, mais elle cherchait à savoir si leur relation était seulement possible. Elle était arrivée rapidement à la conclusion qu'il n'y avait aucun empêchement majeur. Alors elle avait pensé aux endroits où ils pourraient se rencontrer, aux heures qu'ils pourraient passer ensemble, et enfin à ce qu'elle aimerait faire avec lui. Ses pensées tournaient dans sa tête et elle avait réalisé alors qu'elle était tombée amoureuse. Comment cela était-il possible? Elle ne l'avait vu quelques minutes... Elle s'était remomeré son visage, sa voix, ses gestes. Alors elle avait su qu'il fallait qu'elle le revoit. Le plus tôt possible! Pour être sûr... Mais surtout pour le revoir, tout simplement. Deux options s'offraient à elle : soit elle attendait qu'il l'appelle, soit elle prenait les devants. Après cinq minutes d'intenses réflexions, elle avait décidé de lui accordé jusqu'au lendemain 14 heures avant de passer à l'action. Ensuite, elle irait jusque chez lui à vélo, car elle ne connaissait pas son nom pour pouvoir trouver son numéro et elle ne se voyait pas demander à ses parents. Elle pensait pouvoir retrouver le chemin qu'elle avait pris avec ses parents en voiture pour aller jusqu'à chez lui. Elle s'était endormie, soulagée d'avoir pris une décision, et Guillaume était venu lui rendre assez rapidement visite dans ses rêves. Noémie était une fille assez intelligente et qui travaillait assez bien à l'école, mais ses parents et ses professeurs trouvaient qu'elle ne faisait pas assez d'efforts. Son père surtout était sur qu'elle avait un potentiel énorme et qu'elle ne fournissait que le strict minimum. C'est pourquoi il s'était renseigné sur différentes formes d'apprentissage après avoir écarté un changement d'école. Il était tombé sur un message du père de Guillaume et avait fini par convaincre sa femme et sa fille de rendre visite aux parents. Noémie savait par avance qu'elle ne pourrait pas travailler seule chez elle mais elle savait aussi qu'il était vain de convaincre son père, aussi avait-elle suivi ses parents bien malgré elle. L'obstination dont faisait preuve Guillaume lui manquait cruellement. Mais c'était à bien des égards une fille dont ses parents pouvaient être fier, même s'ils ne le lui disaient jamais. Car elle était toujours prête à aider une amie dans le besoin, et son manque de motivation pour le travail disparaissait quand il s'agissait de s'investir pour quelqu'un d'autre. Voir moins souvent ses copines aurait donc eu pour conséquence d'avoir moins de problèmes à résoudre, donc travailler seule n'aurait en aucun cas pu la rendre meilleure. Elle se serait fanée dans son coin. De plus, même si elle ne brillait pas à l'école, elle y passait d'agréables moments. Sa classe était composée moitié garçons, moitié filles. Elle avait d'ailleurs sorti du pétrin un garçon de sa classe la semaine d'avant.

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