Le téléphantôme de Guillaume

 6 - Jeremy

Jeremy était un élève plutôt réservé. On ne lui connaissait pas d'ami, simplement des camarades de classe. Il semblait rechercher la solitude sans pour autant fuir ceux qui l'approchaient. Bon élève, particulièrement en maths, il était aussi très travailleur, mais ce sur quoi il travaillait n'était pas toujours en rapport avec les cours, donc en classe, il se situait dans la moyenne. Noémie et lui s'étaient parlé plusieurs fois sans qu'il n'y ait rien de particulier. Mais lors d'une conversation, elle avait appris qu'il avait fait quelques petits sites Web et qu'il tenait un blog. Aussi, un jour, assise devant son ordinateur, elle avait parcouru quelques pages de ce blog, surtout par curiosité, mais aussi parce qu'elle n'avait rien d'autre à faire à ce moment là. Elle était ainsi tombée sur un paragraphe qui ressemblait plus à un appel à témoins qu'à un récit : la question en dernière ligne ne laissait aucun doute "Quelqu'un, plutôt une fille, aurait-il eu affaire à ce genre de problème? " Ce qui précédait relatait le cas d'une fille qui devait parler à un policier. Elle était convoquée avec ses parents pour parler d'une personne qu'elle connaissait. Elle avait peur de causer du tord à cette dernière, qu'on déforme ses propos pour lui faire dire ce qu'elle n'avait pas dit. Elle ne voulait pas se rendre à cette convocation mais on l'y obligeait. Son simple refus avait déjà laissé sous entendre plein de choses... L'auteur, Jeremy, demandait des conseils... Et Noémie, en tant que spécialiste en conseils avisés, ne pouvait pas ne pas répondre. Mais au lieu de poster un commentaire sur le site, elle aborda directement Jeremy à la sortie des cours. Il fut surpris et un peu hésitant alors elle le ménagea : elle lui proposa d'aller chez lui pour qu'ils fassent leurs devoirs. Jeremy vit là un moyen de pouvoir réfléchir à la question et accepta sans hésiter. Noémie prévint ses parents et ils allèrent chez Jeremy. Ils commencèrent leurs devoirs mais au bout d'une dizaine de minutes, le garçon posa son stylo et lui demanda "Tu veux vraiment m'aider... Tu sais, pour ce que j'ai écrit sur mon blog?" - "Oui, je suis venue pour ça, et tu sais que tu peux compter sur moi! " - "Oui, je sais... En fait, tu vois, ce que j'ai écrit, c'est pas vraiment ça." - "Je m'en doute aussi" - "Oui, c'est demandé pour une fille..." - "...et je pense pas que tu en sois une" - "Oui, c'est ça, c'est pour moi que je demandais ça. Tu vois, mon père sort avec une femme flic qui travaille à la brigade des mineurs, et c'est une vraie connasse, je peux pas la blairer, enfin c'est pas vraiment ça le problème. Mon père n'est plus comme avant, on s'entend toujours bien, mais il est comment dire, crispé, sur ses gardes, enfin bref, il fait attention à ce qu'il dit, à ce qu'il fait... tu vois, quoi, à jamais me toucher ou dire des trucs... Il suffit d'entendre cette flic parler de son boulot pour comprendre, elle est complètement tarée... Il m'a demandé de pas me balader à poil dans la maison, tu te rends compte? Un jour, il prenait son bain et je suis rentré dans la salle de bain. Il m'a presque crié dessus... Enfin, je sais pas si tu vois ce que je veux dire, j'avais l'habitude de le voir nu, ça ne l'a jamais dérangé jusqu'à ce que cette pétasse vienne... Alors j'ai fait une connerie, je lui ai dit que s'il m'aimait plus assez, j'irai retrouver le voisin. Cette putain d'enfoirée à dû m'entendre. Le soir, je les ai entendu parler assez fort. Mon père lui répétait que c'était qu'une phrase en l'air et elle, elle lui répétait que son boulot l'obligeait à tout prendre au sérieux. Tu peux pas savoir à quel point j'étais mal. Aussi, pourquoi elle a l'esprit mal tourné ? En plus, c'est pas ses affaires.... Bref, je m'étais engueulé avec mon père, mon voisin risquait pas mal d'emmerdes à cause de moi et je savais même pas quoi faire. Je ne savais même plus si je devais dire quelque chose ou me taire." - "Putain, toi, quand tu t'y mets... Et le voisin, tu as fais des choses avec lui?" - "Non, mais il me regarde toujours quand je passe... Mon père aussi pense qu'il aime les garçons." Jeremy se leva, plus pour s'aérer l'esprit que pour se dégourdir les jambes et demanda à Noémie si elle voulait boire quelque chose. Elle accepta un Schweppes et commença à réfléchir à la situation. Elle avait les données principales du problème mais elle prit d'abord soin de noter quels renseignements supplémentaires pourraient l'aider. Quand Jeremy revint, elle avait trois questions toutes prêtes. Elle ne les posa pas tout de suite, laissant s'installer un climat de confiance. Jeremy avait été franc avec elle mais il lui en fallait encore plus. Il devait s'en remettre à elle et suivre ses directives. Jeremy attendait, sans parler, et buvait son coca gorgée par gorgée. Noémie demanda alors "Tu penses qu'ils vont interroger ton voisin?" - "Non, ils me veulent moi pour pouvoir le faire. Mais si je tombe dans leur piege, il va avoir droit à une perquisition à 6 heures du matin, à une garde à vue et à tout ce qui va avec. Tu sais, ils vont tout déballer, tout saccager, foutre en l'air sa réputation... Ils se foutent complètement des conséquences que ça peut avoir sur lui. Je le connais pas mais s'il se suicide, ce sera un peu de ma faute." - "Plutôt de la leur" - "Oui, mais tu vois ce que je veux dire..." - "Oui, d'ailleurs, ça rejoint ma première conclusion : tu devrais l'inviter chez toi, pour un repas ou n'importe quoi d'autre." - "Pourquoi!? Pour lui raconter quoi? Qu'il doit s'attendre à une descente de police à cause de moi..." - "Non, pour l'inviter à passer quelques jours de vacances avec toi et ton père. " - "Je comprends pourquoi on dit que t'as toujours des solutions bizarres..." - "C'est que le début. Voilà ce que je te propose : tu l'invites à manger et tu lui expliques le truc de la flic et ce que tu vas dire dans ta déposition." - "Et qu'est ce que je vais dire dans cette déposition? " - "Que tu as cassé une vitre chez ton voisin, qu'il a menacé de le dire à ton père pour se faire rembourser mais qu'au lieu de ça, il t'a proposé de venir tondre sa pelouse. Ensuite, tu dis qu'il t'a demandé si tu pouvais venir toutes les semaines, moyennant finances bien entendu. Bref, tu as un boulot bien payé chez lui, beaucoup plus que ce que te donne ton père... et c'est pour ça que t'as dit que lui il t'aimait" - "Putains, t'es forte... Il faut que j'y réfléchisse mais ça a l'air super... " - "Tu comprends pourquoi tu dois l'inviter? " - "Oui, chez moi pour lui expliquer au cas où... Et en vacances aussi, pour le remercier s'il est d'accord " - "Tu crois pas si bien dire... Avec tous ces petits tracas : mentir, casser, réparer une fenêtre, et tout ça... Mais ce sera surtout une récompense s'il est ce que tu penses. Il pourra te voir autant qu'il voudra" - "Je suis pas sur, je t'ai dit" - "Bon, mais si c'est le cas, il pourra te mater..." - "T'es ouf..." - "Tu devrais choisir une plage ou un camping naturiste." - "Alors là..." C'est ainsi que Noémie avait tué dans l'oeuf une histoire qui aurait pu perturber la vie de nombreuses personnes. Les vautours et les gardiens de la Sainte morale sont allés ailleurs pour se repaître. Les relations entre Noémie et Jeremy en sont restées au stade de l'amitié, mais c'est devenu une amitié solide.

6 - Youssef

Noémie a aussi eu des relations difficiles avec certains élèves. Youssef, un élève qu'on ne savait où mettre et qui passait malgré tout en classe supérieure malgré son âge était l'un de ceux-ci. Si elle avait connu son histoire, elle aurait évité d'avoir à simplement le regarder mais sa bonne nature a voulu qu'elle essaie de l'aider. Youssef a vécu son enfance en Algérie et sa famille a dû partir à cause de lui. C'était un garçon à peu près normal jusqu'à ses 6 ans. Mais, malgré les mises en garde de son père, le garçon excitait toujours le mulet des voisins. Ce dernier, un jour, se facha et le mordit au bas-ventre, serrant dans sa machoire le petit sexe et le machouillant comme un chewing-gum. Victor Hugo a écrit "Le mulet est un être opiniâtre et stérile". Les habitants de ce village isolé, légèrment supersticieux, crurent que le mulet avait prit Youssef pour perpétuer son espèce. En effet, les mulets sont stériles et les habitants pensaient que c'était leurs façons à eux de ne pas disparaître, de se reproduire. Les enfants qui étaient mordus par un mulet étaient appelés des ouachouchs. Ils étaient alors considérés comme stériles et opiniâtres comme dans la citation de Victor Hugo. Devenu ouachouch, Youssef devint insupportable car non seulement, il croyait aussi à cette superstition, mais les morsures avaient été si fortes que son sexe n'était plus qu'un simple bout difforme. Il devint violent. Ses parents préférèrent quitter le village après qu'il eut tabasser des jeunes garçons. En France, bien que personne ne connaisse cette superstition, Youssef, devenu adolescent, commença à devenir sérieusement dérangé. Comme il n'était ni intelligent, ni sensible et qu'il ne croyait ni en Dieu, ni en l'homme, il devenait de plus en plus ingérable. Ses décisions souvent motivées par des propos entendus ici et là, par des gens aussi stupides que lui, étaient toujours les plus mauvaises qu'il pouvait prendre. Il pouvait tabasser un homme parce qu'il était gay, voler les objets des enfants de son quartier, casser tout ce qui se trouvait dans l'appartement de ses parents, insulter toutes les filles qu'il croisait ... Une des seules choses qu'il ne pouvait pas faire était de violer les femmes, car la morsure du mulet avait laissé des cicatrices et il n'avait pas vraiment de sexe. L'histoire aurait pu être différente simplement s'il avait été mordu par un âne et non par un mulet. Car dans ce village, les ânes étaient considérés comme porteurs de richesse. Un jeune garçon qui jouait avec un anon, et qui avait fini par se faire enc*** par ce dernier avait fini président d'une compagnie pétrolière. Au fil des ans, la légende avait été entretenue, et un garçon qui se faisait mettre par un âne était toujours considéré comme un être doué d'un don spécial... D'autres cas avaient convaincu les villageois, on avait ainsi eu un ministre, un directeur d'hospital et plusieurs ingénieurs. Il faut dire aussi que les jeunes garçons n'hésitaient pas à favoriser leur destin et étaient fiers quand ils arrivaient à leurs fins avec leur petit âne.

Le jeune frère de Youssef, malgré tout le mal que ce dernier lui avait fait, avait demandé de l'aide à Noémie. Il avait d'abord voulu être sur que son frère avait eu affaire à un mulet. Quand il en fut certain, il demanda ce qui se passerait s'il se laissait enc*** par un âne, si son don pourrait annuler la malédiction. Noémie sursauta quand elle entendit cela mais ne fit aucun commentaire. Autant son frère était un inutile nuisible, autant Amine semblait être un garçon serviable et sensible. Mais elle ne réussit pas à enlever de sa tête l'image du jeune garçon avec l'âne. Elle dut lui demander de répéter la suite de ce qu'il avait dit... Amine énuméra alors toutes les vertus qu'on donnait au sperme d'âne et lui dit que ça ne coûtait rien d'essayer d'en boire. Il racontait cela sans même rougir. Noémie, pensant qu'il était simplement ingénu, le mit devant l'ordinateur et après quelques recherches sur Google, lui montra des vits d'âne. Elle laissa l'image qui montrait un de ces pénis à coté d'une main d'homme. Alors, soulagée, Noémie vit Amine sursauter et ouvrir de grands yeux ronds. Il se tourna vers elle et dit "Euh... ! Je peux simplement en boire... Sans le... sucer, seulement le ..." - "Ce sont des ânes... Si tu veux, on peut regarder des images d'ânons. Tu veux ?" - "Oui !", et pour le coup, il rougit d'avoir répondu si vite.

Finalement, Noémie trouva une solution qui était certainement la moins mauvaise. Mais le résultat, bien qu'il ne fut pas celui espéré, fut rapide. Elle convainquit les parents de Youssef de faire appel à Rachid, un éducateur qu'elle connaissait. Les problèmes continuèrent à affluer mais furent vite maitrisés. Jusqu'à ce que Rachid raconte qu'Amine avait été prêt à boire le jus d'âne. Youssef, sans penser que son frère voulait l'aider, traita ce dernier de tous les noms et fit un ultimatum à Rachid. Soit ce dernier acceptait d'enc*** Amine, soit il partait immédiatement... Rachid était humain mais Amine était vraiment très mignon. Il répondit à Youssef qu'il allait réfléchir et alla parler à Amine qui se trouvait dans sa chambre. Il lui expliqua tout. Amine le regarda et vit l'envie dans le regard de Rachid. Deux personnes dépendaient de son choix. Il sut qu'il allait faire plaisir à l'un pour aider l'autre. Il se déshabilla. Il regarda Rachid se dévétir puis se mit à quatre pattes. Il cria quand le membre le perfora mais sentait la présence de son frère à la porte de sa chambre. Youssef avait seulement voulu faire du mal à son frère, peut-être aussi l'humilier. Aussi, dès qu'il entendit les cris, il pensa qu'il avait réussi et sortit. Amine eut ainsi le temps de profiter de Rachid aussi longtemps qu'il le voulait. Il sut qu'ils recommenceraient dès que possible. Rachid en prit conscience aussi, et chercha comment protéger son nouveau petit ami. Quand Amine le quitta par un baiser, Rachid téléphona en Algérie, réussit à joindre de la famille des deux frères. Il était éducateur, il lui fut facile de les convaincre que Youssef déshonorait le nom de la famille et qu'il fallait qu'il retourne en Algérie dans un endroit où il ne nuira à personne. Le lendemain, Youssef prit l'avion en croyant rencontrer sa future fiancée. Il fut envoyé chez un oncle lointain dans un village arriéré. Enchainé à un poteau, il était nourri et on le détachait seulement quand on avait besoin de lui pour un travail. L'oncle, en le voyant, lui avait dit qu'il ressemblait à un orang-outang qui se comportait comme une hyène, et qu'il avait peu d'espoir de le voir changer un jour. Désormais, la vie de Youssef servirait, sans nuire à personne. Rachid avait fait ce qu'il avait à faire. Il savait que certains hommes n'étaient pas vraiment des êtres humains. Il en était attristé mais se faisait une raison. Le beau et le bon n'existaient peut-être que parce que le moche et le mal existaient aussi. Il mit ces pensées dans un coin de son cerveau et pensa à Amine et un sourire illumina son visage...

A suivre...