Chapitre 6 : Yassine

Je suis allé au cinéma à la séance de 14 heures. Personne. Enfin pas celui que je cherchais. Comme c’est un grand cinéma avec mini salle de jeux, j’ai pu rester dans le hall pour observer les gens qui entraient. Je n’ai pas attendu les autres séances. Gwanaël avait aussi bien pu changer de projet, qu’est-ce qui l’en empêchait. Il faisait beau, j’ai donc décidé de refaire un petit tour à Palavas. Il est quand même plus facile de rencontrer les gens qu’on cherche dans les petites villes, et le lieu où chercher était tout indiqué : la plage. J’avais cette fois-ci prévu le coup et mis un bermuda et un tee-shirt. Pas de maillot de bain, je ne suis pas téméraire à ce point, ce n’était pas encore l’été.
J’ai pris le car et regardé à tout hasard les passagers. Rien. Ah si, un beau garçon quatre sièges derrière sur la droite, seul, un mini sac à dos à côté de lui. En jean et tee-shirt. Je le prendrai bien en photo. Mais de nos jours il y a toujours un risque à parler à un garçon inconnu. Il y avait quelques femmes devant lui qui ne m’inspiraient pas confiance et comme je ne pouvais décemment pas sauter du car en marche, je devrais écouter leurs réflexions. Je n’y tenais vraiment pas alors j’ai regardé le paysage pendant la durée du trajet. Un étang et des flamands roses entre autres. On est arrivé à Palavas et j’hésitais entre faire connaissance avec le garçon ou aller directement sur la plage.
J’ai marché lentement vers la plage laissant le destin me guider. Le garçon est allé dans la même direction et marchait aussi lentement que moi cinq mètres derrière. Bon, et bien, peut-être une belle journée en perspective. Je me suis arrété et lui ai demandé s’il allait à la plage. Il a répondu que oui. « J’attends quelqu’un qui doit venir plus tard dans l’après-midi. Ca t’ennuierait si je reste avec toi en attendant pour pas être seul. » J’ai ajouté en rigolant « Je pourrai surveiller tes affaires pendant que tu nages… » . Il a souri. « Je vais pas nager » -« Sans blague. Et ton sac, y a pas ton maillot dedans peut-être ? » - « Non, c’est à manger » - « Tant mieux, j’ai pas mangé ce midi, t’en as un peu pour moi ? » - « Si vous voulez… »
Il m’a filé un biscuit. Je l’ai pris bien sur. « En échange, je te paie un verre, ça te va ? ». Ca lui allait. On a pris la rue touristique avec ses restaurants, on est passé sur l’autre rive et on a continué sur le chemin qui suivait la mer. Je n’étais pas pressé de rentrer dans un bar, je voulais quelque chose qui donne sur la mer et à l’extérieur. Il a commencé à me parler de lui et j’ai aimé. Il s’appelle Yassine, il a 13 ans. C’est un jeune marocain vachement mignon. Il n’a pas cours cette après-midi et a décidé d'aller faire un petit tour à la mer. J’aime bien ce genre de garçon qui profite de sa liberté.
Je lui ai quand même un peu parlé d’école, simplement pour voir. Ses résultats scolaires ne m’intéressent pas plus que cela, mais ça me permet de savoir ce qu’il fait à côté. Yassine dessine des mangas. J’aurais bien aimé voir quelques-uns de ses dessins. Bon, je n’allais quand même pas m’inviter chez lui, ni lui donner un rendez-vous tout de suite. Je suis assez patient. Je verrai plus tard pour voir s’il est d’accord pour qu’on devienne amis.
Je ne lui ai pas menti. Je lui ai dit qui je cherchais un garçon qui avait fait une petite fugue et que je croyais qu’il allait se pointer sur la plage, que je travaillais pour un magazine, etc… Il est assez intéressé par ce que je lui raconte. Je lui demanderais bien maintenant de poser pour moi mais ce n’est pas l’endroit. On arrive à un endroit où on peut boire non loin de l’eau. On s’installe, je commande un Schweppes, Yassine prend la même chose. Les verres arrivent. On est bien servi, avec beau verre et rondelle de citron.
On observe la mer en buvant notre verre. Soudain, le téléphone de Yassine sonne. Il regarde qui l’appelle et décide de ne pas répondre. Je lui demande s’il veut que je le prenne en photo avec son téléphone. J’ai remarqué qu’il a un smartphone assez récent. « Oui, si vous voulez » Il cherche une position. Il n’a pas besoin, il serait beau sur n’importe quelle photo. J’essaie quand même d’avoir la mer comme arrière plan et j’attends son sourire. Clic. Bon, il m’enverra peut-être la photo un jour car c’est vrai qu’elle est belle. Il regarde le résultat et parait content. Il me remercie. « Vous avez votre appareil photo avec vous ? » - « Oui, enfin j’en ai un, un petit » Je lui montre mon petit appareil que j’emporte quand je n’ai pas de place pour les autres. « Je peux l’ouvrir ? » - « Pas de problème mais y a pas de photos dedans » .
En effet, je n’ai pas encore retrouvé Gwanaël et Yassine est le premier jigé que je rencontre. « Tu peux faire des photos si tu veux » . Il ne se fait pas prier et se lève pour photographier la mer, le restau, … Je saurai s’il a l’œil en visionnant ses photos. D’ailleurs, il me les montre dès qu’il revient. Ca va, les cadrages sont corrects et il a même photographié un petit garçon d’a peu près 4 ans. Un jeune garçon peut tout se permettre. Je lui dit que ses photos sont bien, et je lui demande « Je peux te prendre en photo ? » - « Oui » Je refais à peu près la même photo que tout à l’heure, puis je le prends plusieurs fois en gros plan avec quelques cadrages originaux. Il est assez photogénique, et quand il sourit, cela devient magique. Je lui redonne l’appareil. Il visionne les photos. Plusieurs fois. « Je pourrai les avoir ? » - « On trouve une machine et je les tire, ou je te les envoie par mail sinon. Tu me donneras ton email ? ». Il me le donne tout de suite, je lui donne le mien. J’aime ce garçon.

Chapitre 7 : Le voyage

Gwanaël n’avait pas eu de problème pour aller à Paris-Gare de Lyon. Il avait pris le métro, il devait être le seul enfant dans la rame, à croire que Paris n’est peuplé que d’adultes. Ou alors les enfants étaient retenus prisonniers, à moins qu’ils n’aient pas le droit de prendre le métro. Pas de poussettes, ni landaus non plus. A croire aussi qu’il n’y aura que des vieux dans quelques années. Quelques hommes le regardèrent mais baissaient les yeux ou détournaient leur regard dès qu’il les regardait.
Arrivée à la gare, il n’eut pas à attendre longtemps. Les gens étaient un peu moins mornes que sous terre, il y avait des pigeons. Ca parlait dans toutes les langues, c’était coloré aussi bien en couleur de peau qu’en vêtements. Il y avait des jeunes, des vieux, des enfants. Gwanaël se sentit mieux. Cinq minutes à regarder autour de lui, puis sur le panneau d’affichage le quai où se trouvait son train apparut. Il savait qu’il avait encore un quart d’heure avant le départ, mais il préférait le prendre avec la foule pour éviter de se faire remarquer. Un garçon seul à Paris attire les regards.
Il prit sa place immédiatement après avoir mis son sac au-dessus. Un étudiant était venu s’asseoir à côté de lui. Tant mieux, il n’aurait pas à faire la conversation. Mentir était assez fatiguant. Son voisin, d’ailleurs, avait sorti un magazine de foot et s’était plongé dedans. Gwanaël avait prévu le coup où son voisin aurait été une voisine, une vieille voisine, avec un questionnaire infinissable. Il avait son Smartphone avec ses écouteurs, et des dizaines de mp3. Il ne le sortit pas tout de suite. Il avait besoin d’un peu de temps pour réfléchir à la situation. Voir s’il n’avait rien oublié, prévoir la suite.
Il quittait Paris sans regret. Même s’il ne devait jamais y revenir, bien que ce scénario soit très invraisemblable. Son projet actuel prévoyait un retour dans cinq jours, s’il n’était pas ramené malgré lui avant. Alors que le train partait, il commença à réfléchir à son arrivée à Montpellier. Il n’y était jamais allé et les quelques sites qu’il avait parcourus se contredisaient parfois. Il semblait que la ville se métamorphosait assez vite. Mais il avait décidé d’aller directement à Palavas. Le trajet Montpellier-Palavas en car ne devrait pas poser trop de problèmes. Les immeubles de banlieue se dessinaient sur les vitres pendant qu’il songeait à la plage de Palavas.
Il commença à écouter sa musique au bout d’une heure de trajet. Il avait refait son parcours de matin dans sa tête plusieurs fois. Il ne voyait rien d’anormal. Il avait alors envoyé son premier sms à Laurent lui disant que tout était ok. Puis il avait mis ses écouteurs et il partit alors dans d’autres contrées.
Une réponse de Laurent lui confirmait que tout allait pour le mieux. Rien à signaler. Personne n’était encore au courant de sa fugue. Quelques heures pendant lesquelles il n’était pas là où on croyait qu’il était. Cela lui donnait une sensation de liberté. Il regarda par la fenêtre ; le paysage ne montrait que des collines et des petits villages. Il se demanda comment aurait été sa vie s’il avait grandit dans un de ces villages, loin de tout. Il se dit alors que ce serait une bonne idée d’avoir un correspondant ici, qui lui raconterait sa vie de tous les jours.
Il arriva à Nîmes sans s’en rendre compte. Les arrêts avaient été rares, et il avait somnolé un certain temps. Nîmes n’était qu’à 20 minutes de Montpellier. Voilà, sa cavale commençait. Dans le train, il était encore relié à Paris. Dehors, il serait seul, tout pouvait lui arriver. Il réfléchit au trajet Montpellier-Palavas. S’il ne se trompait pas, alors il aurait presque gagné. D’abord sortir de la gare, prendre le tramway direction Odysséum arrêt Place de l’Europe, puis le car direct jusque Palavas. Ca ne semblait pas trop difficile, mais il pouvait y avoir des imprévus. Il ne s’impatientait pas. Rester calme et tout faire dans le bon ordre sans avoir l’air d’un garçon perdu. Il entendit qu’on annonçait qu’on approchait de Montpellier, terminus du TGV.

Chapitre 8 : Des enfants malades

Avec Yassine, je sors du café. Enfin, on était déjà attablé à une table au dehors mais je ne connais pas les limites du café… Yassine a décidé de ne pas me quitter, du moins pour le moment. On continue sur le chemin qui nous a amené ici mais il s’arrête un peu plus loin. Après, il faut faire un détour pour prendre un pont qui mène à une autre ville. On repart dans l’autre sens avec la mer toujours à nos côtés. Yassine me parle de ses dessins. Il dessine plutôt des mangas et me dis qu’il a encore du mal avec les corps. Pour les visages, il pense les faire correctement. Je lui demande s’il peut m’en dessiner un, vite fait, pour voir. « J’ai pas de crayon… tu veux que je le dessine sur le sable ? » Ca me semble une bonne idée mais il y a trop de monde et puis je ne pourrai pas le garder. « Non, je veux un souvenir de toi. » - « T’as ma photo » dit-il en souriant. « Oui, mais je veux quelque chose de toi. Viens, on repassera par la presse, ils auront ce qu’il faut. Et puis je t’achèterai des Pokemons si tu veux. » Yassine se marre. Sur qu’il n’a plus l’âge, encore que…
On longe un grand bâtiment qui semble assez neuf. Yassine m’apprend que c’est un hôpital pour enfants. Ceux qui ont des maladies assez longues à guérir. J’observe plus attentivement et voit effectivement un panneau, c'est l'institut Saint-Pierre pour enfants malades, je vois aussi des caméras - pour éviter aux inconnus d’entrer ou aux enfants de sortir ? Il faudra que j’y fasse un tour. Il peut y avoir des reportages intéressants à y faire. Sur comment certains enfants sont arrivés là. Peu de chance qu’ils me laissent entrer si je leur dis mes intentions. Et je ne vais pas embarque mon petit ami dans cette aventure. Je remets à plus tard.
Je regarde la plage pour voir si certains de ces enfants y sont. C’est vrai qu’il n’y a pas grand-monde à cet endroit. Et pas d’enfants. Un bon terrain de jeu cette plage vide quand ils sortent s’ils sortent. Je décide de remettre à encore plus tard mon entrée sur ce terrain. Car ça risque de me prendre pas mal de temps. J’y reviendrai une fois Gwanaël retrouvé. Les enfants malades peuvent être un véritable piège comme sujet de reportage. Trop larmoyant ou trop froid, manipulations par des parents ou des associations, procès malintentionnés, pitié, et j’en passe…
Dès qu’il s’agit d’enfant, dans un reportage ou dans un journal télévisé, les oreilles du public se dressent. La mort par noyade en direct, la bataille USA-Cuba pour une garde, la fausse accusation de voleurs d’yeux, le procès d’Outreau, la mort par fusillade dans les bras d’un père. Les mêmes reportages avec des adultes auraient tout au plus fait lever le sourcil de ceux qui se sont indignés alors. J’adore les enfants et je donnerai ma vie pour sauver un enfant que je connais mais je trouve ça un peu étrange. Surtout quand on regarde le nombre d’enfants qui meurent toutes les minutes de la malnutrition ou de la guerre.
Je demande à Yassine s’il a déjà été malade. « Tu as manqué l’école cette année ? » - « Trois fois seulement. Une fois j’avais mal au ventre, après j’étais enrhumé et une fois j’ai dit que j’avais mal à la tête. C’était vrai mais pas beaucoup, y avait un contrôle de géo… » - « Tu as déjà été à l’hôpital ? » - « Je crois pas ». Soudain je le vois hésité. Je le regarde. « Si, une fois, tu sais pour la circoncision… ». Non, je ne sais pas. Il m’explique qu’il est musulman et que lorsqu’il a eu trois ans, on l’a circoncis. Il me dit en rougissant « Tu sais, on coupe le prépuce.. ». Je le laisse parler. Il s’embrouille. J’ai surtout remarqué qu’il commence à me tutoyer et j’aime ça. Je viens quand même à son secours. « C’est ta religion qui t’oblige à faire ça ? » - « Oui, enfin c’est pas dans le Coran, mais si tu le fais pas, y en a qui disent que t’es pas musulman… Tu connais le Coran ? » - « Oui, je l’ai lu… en français » On arrive à la presse. Je lui prends le bras pour qu’on traverse ensemble, il ne s’en formalise pas. J’espère qu’ici, un français avec un jeune arabe n’est pas trop mal vu, même si Yassine est peut-être plus français que moi.

Chapitre 9 : Remous au collège

Laurent est rentré en douce au collège après avoir quitté son ami. Personne pour le voir. Il aurait pu faire sonner l’alarme incendie, donner un coup de fil anonyme disant qu’il y avait une bombe pour qu’on fasse sortir tous les élèves, mais il a trouvé plus simple de rentrer par une fenêtre qu’il avait laissée ouverte. Toujours éviter de se faire remarquer quand on prépare un coup. La fugue ne Gwanaël ne devait pas être découverte avant ce soir. Les deux garçons ont pensé à mille plans différents mais ont retenu le premier qu’ils avaient eu. Gwanaël a dit à Laurent vers midi qu’il était malade et qu’il rentrait chez lui, il lui a même donné un mot d'excuse pour la vie scolaire. Tout simple. Laurent n’était donc pas impliqué.
Lorsqu’on s’apercevrait de la disparition de Gwanaël, on penserait à un kidnapping sur le chemin de l’école alors qu’il rentrait chez lui après avoir écarté les autres hypothèses : il n’était pas dans sa famille, ni à l’école, ni chez des copains et dans aucun endroit habituel qu’il fréquentait. Laurent passa une après-midi sans problème, seul. Quelques camarades et les profs lui demandèrent pourquoi Gwanaël était absent, sans insister. Motif valable.
Laurent reçut le sms de son copain en plein cours de français. La prof n’aimait pas les sms, il ne le lui ferait donc pas lire. En plus, elle ne comprendrait rien, et aurait déjà oublié l’absence de Gwanaël. Il répondit sans se faire repérer. Il avait l’habitude. Bien sur, ce n’était pas son portable habituel. Ils avaient acheté deux portables dans une petite boutique et pris des cartes Sim dans une presse assez loin de chez eux. Le risque était assez minime que les commerçants fassent le lien avec la disparition, si on en parlait au jt ou dans les journaux.
Le collège était une passoire mais il y avait quelqu’un pour observer et corriger. Ainsi, un surveillant appela le portable de la mère de Gwanaël quand il eut la liste des absents. Le début de la chasse au fugueur avait commencé. La mère appela son mari, celui-ci téléphona au collège et ce dernier au commissariat. En effet les parents étaient surs que leur fils était au collège et il ne leur avait pas téléphoné. Il y avait donc un problème quelque part. Un inspecteur fut dépêché au collège pour voir s’il y avait lieu de s’inquiéter.
On fit appeler Laurent au bureau du proviseur. Sans l’effrayer on lui demanda pourquoi Gwanaël était partit, s’il semblait malade, s’il paraissait avoir peur de quelque chose, si on les avait suivi ce matin, s’il lui avait dit quelque chose de particulier… Laurent se mit dans la peau de son personnage et pensa vraiment ce qu’il disait. Il mentait bien. On ne le garda pas et on ne fit pas venir d’autres enfants de sa classe. Simplement, on envoya un surveillant dans sa classe qui demanda à ce que tous ceux qui pouvaient les aider à retrouver Gwanaël viennent les voir au bureau du principal.
Évidemment, la classe était en ébullition et les élèves travaillèrent encore moins que d’habitude ce qui n’est pas peu dire. Leur tête n’était pas souvent tournée vers le tableau et leurs oreilles écoutaient les commentaires des voisins. La prof récita son cours. La sonnerie d’interclasse sonna sans que les élèves s’en rendent compte et un autre prof se mis à parler. Les théories devenaient plus farfelues au fur et à mesure qu’on avançait dans l’après-midi. A la sortie des cours, il était devenu presque certain que Gwanaël s’était fait enlevé par un réseau de pédophiles, qu’il deviendrait leur esclave et qu’on le retrouverait en Russie dans plusieurs mois, mort. Laurent ne pouvait faire qu’une chose, se renfermer sur lui-même, attitude qu’on attendait plus ou moins de lui. Mais il écoutait, et les récits qu’il entendait le passionnaient. C’était dur de ne pas le montrer.
Évidemment, il y eut plus de parents que d’habitude à la sortie du collège. Le téléphone à téléphone marche très bien. Personne ne savait rien mais tous avaient leur opinion. Déjà, pourquoi on sort si facilement du collège (il faut mettre des grilles, des gardes, ..), que faisaient les policiers (feraient mieux de surveiller les criminels au lieu de mettre des pv), pourquoi on avait enlevé la peine de mort (il fallait tous les zigouiller), et les caméras (pourquoi y en avait pas une ici), et la télé (ça donne des idées), et les jeux (ils ont été élevés avec), … C’est sympa, une disparition d’enfant, ça donne plein de sujets de conversation. Faudrait qu’il y en ait plus souvent.
La police n’osait pas trop se montrer. Les profs avaient eu pour consigne de donner des conseils de prudence aux enfants. Le principal avait envisagé la possibilité de mettre des caméras de surveillance avec l’inspecteur. Les parents de Gwanaël n’étaient pas venus, on les en avait dissuadés. Les parents de Laurent étaient tous deux présents. La presse avait été conviée dans la salle polyvalente. L’heure était aux « On n’est sur de rien. Toutes les hypothèses sont envisagées ». Laurent se préparait à quelques heures pénibles, mais il escomptait en retirer quelques bénéfices sinon à quoi bon…

Chapitre 10 : Vers la mer

Gwanaël n’eut pas de mal à trouver le tramway, il était juste à la sortie de la gare. Il y en avait de deux sortes un de couleur bleu et un de couleur jaune, ils allaient dans des directions différentes. La destination était clairement affichée sur le devant. Il prit le bleu, il n’eut pas à attendre longtemps. Le trajet lui aussi fut rapide, moins de dix stations. Il ne regardait pas derrière lui, et évitait de donner aux gens l’air de chercher. Il connaissait les noms des stations par cœur. Il fut seulement surpris par l’air climatisé, il eut presque froid. Il descendit à la station Place de l’Europe et eut sa première hésitation. Il connaissait le numéro de la ligne mais pas où se trouvait l’arrêt or il y en avait plusieurs. Il allait devoir les faire tous ou attendre que le car arrive.
Il choisit de commencer par la droite, il voyait deux arrêt l’un à côté de l’autre. C’était son jour de chance. Le car s’arrêtait à celui-ci, c’était indiqué sur les fiches de ‘arrêt. Il n’avait pas besoin de regarder les horaires, il les connaissait. Mais il vérifia que c’étaient les mêmes. Pas de problème. Tout continuait à aller comme il fallait. Aucune anicroche. Un plan au poil. Il avait déjà la monnaie de son billet à la main. Trois autres personnes attendaient avec lui et ne lui prêtaient pas plus d’attention que s’il avait été un montpelliérain ordinaire.
Le car arriva avec cinq minutes de retard. Il lut la direction « Palavas ». Bientôt, il y serait. A Palavas-les-Flots, à la mer, avec son ex-voisin. Des vacances bien méritées. Il n’appréhendait pas vraiment la réaction de celui qui allait le recevoir. C’était son ami. Il s’installa à une fenêtre. Le car partit. Il regarda la ville. Des bâtiments clairs dans l’esprit de la Grèce. Des palmiers. Des gens en tee-shirt. Du soleil. Une rivière.
D’abord, ils roulaient sur des grands-routes en ville mais bientôt ils s’éloignaient de la ville. Quelques minutes plus tard, il voyait l’étang, il sentait l’étang. Une route entourée d’eau. Puis le panneau indiquant qu’ils entraient dans Palavas. Après quelques détours, il vit la mer. Voilà, il était arrivé. Il descendit du car et se dirigea vers la plage comme tous les passagers. Il traversa une route et marcha sur le trottoir qui longeait la plage. Il n’irait pas tout de suite. D’abord dire bonjour à Éric.

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